mardi 3 mai 2016
L'Homme de l'Ombre
Il s'éveille avec ce soleil aux sages rayons matinaux, depuis si longtemps maintenant qu'il semble en avoir oublié l'absence. Doucement en sortant de vieille maison aux volets brûlés par la poussière du désert il salue avec lenteur et respect le voisin qui l'attend sur le pas de la porte. Les deux mains tendues il lui offre des fruits de son jardin. Jamais le vieil ami n'a manqué à son devoir d'offrande. En retour l'homme s'inclinera une main sur le cœur pour remercier la chaleur de l'habitude.
D'un pas oriental l'homme prend son chemin qui le mène vers la mosquée. Il sait que le temps est un ami sans visage, un compagnon du silence matinal. Dans la maison du muezzin, il ira s'asseoir sans un mot pour celui qui dans quelques minutes chantera une louange à un Dieu à cette heure encore assis sur son croissant de lune. L'homme ira dans l'ombre, toujours la même ombre. Le minuscule drap de fraîcheur matinale lui offrira l'intimité et l'absence de mots inutiles. Protégé par cette ombre silencieuse il s'effacera de la même manière qu'il était entré.
Alors il rejoindra son enfant fait de pierres et de poussières. Avec précision et passion il bâtit son œuvre comme un roi sans royaume construit un château imaginaire. Son œuvre c'est Persépolis, la forteresse de ses rêves, sa croisade sans fin. L'homme tel un Hafez de pierre rebâtit les rimes folles de rois oubliés. Persépolis est son Ghazal, son Diwan, la poésie sans fin de sa passion pour la terre de Dieu.
Mais aujourd’hui l'homme sait que son ombre qui l'accompagne se cache les derniers jours d'une poésie orientale présente depuis sa tendre jeunesse. Il sait que le vieil ami aux fruits aussi doux que les caresses des femmes aux mille bracelets ne l'attendra plus devant sa porte chaque matin. L'homme sait le muezzin chantera pour son cœur le dernier appel à la prière avant de disparaître définitivement dans une ombre éternelle.
D'un ailleurs l'homme à reçu une lettre qui annonçait que Persépolis devait changer de roi bâtisseur. Que son œuvre avait reçu assez de lumières pour éclairer une nouvelle histoire. Demain le monde regarderait s'ouvrir sa maison de bâti et oublierait son nom. Tel un roi Perse défait par un Alexandre plus grand que lui, l'homme dut rendre ses outils et s'en aller.
Persépolis était maintenant une rose dont Shiraz l'éternelle allait effeuiller les pétales une par une dans la fontaine de bruits et de pas de voyageurs ignorants..
L'homme mourut seul loin de son Orient, dans un pays qui l'avait vu naître mais où il ne voulait pas mourir.
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Convoquer Hafez, Alexandre, les rois perses et nous amener dans Persepolis au petit matin, à l'heure d'el fajr... Belle invitation à la poésie et au voyage lent... Amitiés jp
RépondreSupprimerMerci
RépondreSupprimerPas sûre d'avoir tout compris mais très beau. Explications de texte le mois prochain mon teuteu. Bisous
RépondreSupprimerCe commentaire a été supprimé par l'auteur.
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